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mercredi 25 octobre 2023

La famille Cottet, par Emeline Pipelier (septembre 2023)

 

La famille Cottet – partie I : Ambroise Cottet, survivre au second Empire

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Par Emeline Pipelier | Le 15 septembre 2023 | Personnages troyens

La médiathèque conserve, sous la cote Ms 3905, les lettres adressées à Jules Cottet par son père, Napoléon Ambroise Cottet. Arrivées au sein des collections en 1995, cette correspondance a été donnée à l’établissement par l’un de ses descendants, Lloyd W. Gundy, originaire du Colorado. Comment ces documents sont-ils arrivés aux Etats-Unis ? Pour le comprendre, il faut se pencher sur l’histoire de la famille Cottet…

Ambroise Cottet, né dans une famille de tisserands, se passionne très jeune pour les sciences, en particulier les mathématiques et la physique. Autodidacte, il réussit à entrer comme professeur de sciences à l’Ecole Normale d’Arcis-sur-Aube, puis y devient vérificateur des poids et mesures. Il mène en parallèle une carrière politique. Sensible aux idées révolutionnaires, il se présente comme « le candidat des ouvriers et des instituteurs ». C’est lors du coup d’Etat du 2 décembre 1851, propulsant Louis-Napoléon Bonaparte (Napoléon III) à la place de président de la république puis d’empereur, que sa vie bascule. Réfractaire au pouvoir, il refuse de prêter le serment demandé aux fonctionnaires et est démis de ses fonctions. Il est déporté, l’année suivante, en Algérie, avec son fils Jules. Ce dernier parvient finalement à s’échapper et, après avoir traversé l’Espagne, réussit à rejoindre la Nouvelle-Orléans. Ambroise, lui, obtient la permission de revenir à Troyes, où il réussit à trouver du travail auprès d’Emmanuel Buxtorf.

Ambroise Cottet

La première lettre conservée à la médiathèque date du 8 mai 1855 et entame une longue correspondance qui va durer une vingtaine d’années entre le père et le fils. Le rythme des lettres (une à deux par an) est dû à la distance, mais également à la censure : en effet, le courrier d’Ambroise Cottet est surveillé et certaines lettres ne trouvent jamais leur destinataire…

Une grande partie de la correspondance d’Ambroise Cottet est destinée à donner à Jules des nouvelles de la famille : ses soeurs Anna, institutrice vivant à Paris, et Félicie, qui se destine au couvent, ainsi que ses frères Pierre et Charles. Le chien, Médor, n’est pas oublié :

Médor, qui ouvre toujours les oreilles quand on prononce ton nom, est maintenant élevé au rang de citoyen, il y a huit jours que j’ai payé sa cote personnelle, et l’année dernière il a eu l’honneur d’avoir un procès pour n’être pas muselé : il faut que tout le monde le soit. 

Lettre du 18 juin 1856

« Médor paie maintenant une cote personnelle de 8 francs par an, c’est-à-dire un tiers plus que moi. Ainsi pour cela lui fait-on grâce de la muselière. Il n’y a plus ici que les hommes qui soient muselés. Et cela s’appelle encore la France ! ».

Lettre du 24 juillet 1857

La situation personnelle d’Ambroise Cottet est complexe : sa femme, Honorine Morel, a quitté le ménage en laissant à son mari et à Jules, leur fils aîné, le soin d’élever Charles, leur plus jeune fils. Séparés, les ex-époux sont encore mariés, ce qui occasionne une série de récits cocasses de la succession de « maman Morel », la grand-mère maternelle de Jules. Ambroise, de son côté, vit en concubinage avec Pélagie, une maraîchère.

Mais c’est surtout la situation politique qui préoccupe le plus Ambroise dans ses lettres. En 1858, suite à l’attentat d’Orsini contre Napoléon III, est proclamée une « loi de sûreté générale » qui exige la déportation de tous les opposants politiques. Cette opération, menée par le général Espinasse, est une démonstration de pouvoir : « nous savons parfaitement que ces hommes n’ont rien fait, mais nous avions besoin d’intimidation », aurait dit le général à Désiré Argence, notable troyen venu intercéder en faveur d’un prisonnier. Arrêté chez Buxtorf le 24 février, Cottet est tenu au secret 31 jours, pendant lesquels on cherche à le faire avouer qu’il appartient à une société secrète. Il est ensuite déporté en Algérie, d’abord à Bougie (Béjaïa), puis à Alger. Détenu au départ dans des conditions difficiles (on lui donne « 98 centimes par jour, et le pain »), il réussit à trouver un emploi de comptable, tandis que Pélagie, qui a pu le rejoindre, tient un bureau de tabac. A Alger, Cottet trouve un emploi chez un ingénieur urbaniste, pour qui il travaille, avec « des proscrits de toutes les nations », à la réalisation de voies carrossables.

De retour à Troyes fin 1859, Cottet est témoin de la transformation de la ville :

Nous avons un Maire, M. Argence, qui mène la ville comme son maître mène la France. Pouvoir absolu partout, dépenses effrayantes, paiera qui pourra. On reconstruit un théâtre, un collège très vaste sur l’emplacement de l’ancien embarcadère ; des jardins sur l’emplacement de tous les fossés comblés ; il est sérieusement question de démolir la Halle au Blé et de la reconstruire ailleurs ; on veut aussi construire un vaste cirque permanent, etc., etc. Le Conseil municipal crie au diable, on le laisse crier et on marche : le Maire dit :  je suis nommé par l’Empereur, je ferai ce que je voudrais, et il le fait. C’est l’ancien républicain Argence ! 

Lettre du 6 mai 1860

Très critique vis-à-vis du pouvoir en place, il n’hésite pas à qualifier Napoléon III de « nouveau Dieu », de « nouveau Jupiter » et d' »auguste vessie ». Ses lettres laissent une grande part à l’actualité politique de France et d’Europe, dont il considère cependant qu’elle n’intéresse plus la jeune génération :

Personne ne parle plus politique, les jeunes gens surtout ne s’en occupent pas plus que si nous n’avions jamais eu la moindre révolution. Quand on leur parle de 48 ils ne savent pas plus ce que c’est que si trois siècles s’étaient passés depuis les événements. Tous les yeux sont maintenant fixés sur Garibaldi. Son portrait figure partout à côté de ceux de Napoléon III et de Victor Emmanuel, auxquels portraits il fait tort. Car Garibaldi a une tête admirable, que fait ressortir encore la tête de fouine de l’un et la tête de bouledogue de l’autre.

Lettre du 30 août 1860

Désiré Argence

Mais c’est l’actualité américaine qui est la plus présente dans les échanges entre le père et le fils. Très enthousiaste à l’idée de l’élection du « tonnelier Lincoln, le candidat non démocrate », il commente abondamment l’idée d’une abolition de l’esclavage :

Et voilà des hommes qu’on veut considérer comme des brutes et que les partisans de l’esclavage ne craignent pas de désigner comme des bêtes féroces. Oui, ils deviennent féroces quand la chaîne est trop lourde, quand ils sont trop las de souffrir. A-t-on le droit de s’en plaindre ?

Lettre du 20 novembre 1860

La Guerre de Sécession, qui passionne Cottet, impacte directement l’économie troyenne. En effet, la guerre a interrompu le travail dans les champs de coton du Sud des Etats-Unis, dont l’industrie bonnetière est dépendante. Beaucoup de Troyens sont d’ailleurs opposés à l’abolition de l’esclavage, par crainte d’une pénurie générale de coton.

Terminons l’exploration de ce témoignage par une recommandation littéraire d’Ambroise à son fils :

Il vient de paraître un ouvrage de dix volumes de Victor Hugo, Les Misérables. Cet ouvrage que tout le monde dévore est chez nous un véritable événement qui aura une immense portée. […] Il y a tout une révolution sociale dans ce livre et nous sommes tous étonnés qu’on ne s’oppose pas à sa publication. Si tu peux te le procurer, n’importe à quel prix, lis-le, tu ne regretteras pas ta dépense. 

Lettre du 20 avril 1862

 

Pour en savoir plus :


 

 

 

publication septembre 2023 sur le site 11km de patrimoine

dimanche 19 mars 2023

Larry Eifert, artiste américain, descendant du troyen Napoléon Ambroise Cottet 1808 1880


 Jules Léon Cottet ( 1835 Troyes, 1913 Los Angeles)  , fils de Napoléon Ambroise Cottet, a rejoint en 1854 la communauté icarienne de Nauvoo aux Etats-Unis. Il a épousé Irma Jonvaux, fille d' Antoine Aimé Jonvaux,  coutelier troyen cabétiste, en première noce, puis devenu veuf, une américaine Clara Wolpert.

 Des descendants issus de ses deux mariages vivent aux Etats Unis. Ils conservent le souvenir de leurs ancêtres troyens.

Larry Eifert, dessinateur et peintre, est l'un d'entre eux.

mardi 14 février 2023

Eloge de Napoléon-Ambroise Cottet par son professeur Alexandre Leymerie

 

Extrait de la préface rédigée par le professeur Alexandre Leymerie pour son ouvrage :  « Statistique géologique et minéralogique du département de l’Aube » publié en 1846.

 

 


 

"Géologie et statistiques minéralogiques"

 Professeur Alexandre Leymerie Université de Toulouse  

1846

 

 

Toutes les courses qu’exigeait l’exécution d’un plan aussi détaillé ont été faites à pied par moi-même. Cependant j’ai été aidé pour quelques parties de mes observations, et notamment pour celles relatives à la craie par mon élève et ami M. Cottet, que ses connaissances étendues, une sagacité remarquable et quelque temps d’exercice sous ma direction, rendaient très capable de rendre ce service à la géologie départementale…

Chacun sait à Troyes que M. Cottet n’était, dans l’origine, qu’un simple ouvrier tisserand qui est devenu, presque par ses seules forces, assez instruit dans les sciences physiques et mathématiques pour être chargé, après mon départ de Troyes, du cours de géométrie et mécaniques industrielles, et plus tard de la classe des sciences à l’école normale primaire. On connait d’ailleurs les services qu’il a rendus comme comme conservateur du cabinet d’histoire naturelle. On lui doit quelques notices géologiques qui annoncent un tact et un talent d’observation peu communs. 

La manière dont ces notes sont rédigées prouve que M. Cottet avait senti la nécessité d’étudier sa langue. Il donna du reste une preuve plus éclatante de ses progrès dans cette voie, en concourant pour le prix destiné à récompenser un Eloge de M. Jourdan, et peu s’en est fallu que son ouvrage ne remportât la couronne.

 

Extract from the preface written by Professor Alexandre Leymerie for his work: "Geological and mineralogical statistics of the department of Aube" published in 1846.



All of the travels required to complete such a detailed plan was done on foot by myself. However I was helped for some parts of my observations, and in particular for those relating to the chalk by my pupil and friend M. Cottet, that his wide knowledge, remarkable sagacity and some time of exercise under my direction, made very capable of rendering this service to departmental geology… Everyone knows in Troyes that Mr. Cottet was, at the beginning, only a simple weaver worker who became, almost by his own strength, fairly educated in the physical sciences and mathematics to be responsible, after my departure from Troyes, for the course in geometry and industrial mechanics, and later for the science class at the primary normal school. We know of the services he rendered as curator of the cabinet of natural history in Troyes museum. We owe him a few geological notices which announce an unusual tact and talent for observation. The way these notes are written shows that Mr. Cottet felt the need to study his language. He moreover gave more striking proof of his progress in this direction, by competing for the prize intended to reward an “Eulogy of M. Jourdan”, and little did not happen that his work did not win the first price.

 

lundi 11 juin 2018

Découverte d’os de vertèbres dans les carrières de Creney 1838




Géologie – Découverte d’os de vertèbres dans les carrières de Creney

M. COTTET, directeur du musée de Troyes, dont le zèle pour la science est si honorablement connu, nous a adressé la lettre suivante qui nous fait part d’une découverte géologique très intéressante ;


Troyes, le 6 août 1838

« On vient de découvrir dans la carrière de craie du village de Creney, à une lieue de Troyes, à la profondeur de 35 pieds, des ossements d’un grand animal de la famille des sauriens ( lézards). Ces os ont malheureusement été altérés par leur long séjour dans la craie ; quelques-uns cependant sont encore déterminables, ce sont entre autres des vertèbres et une portion de phalange. La grandeur de ces parties et des fragments d’os plats qui les accompagnaient, font juger que l’animal auquel ces os ont appartenu, n’avaient pas moins de 20 pieds de longueur. Les mieux conservés de ces os ont été recueillis et déposés au musée par M. Cottet.
C’est le premier exemple d’os de vertèbres trouvés dans la craie des environs de Troyes, où l’on n’avait rencontré jusqu’ici que quelques coquilles et des dents d’une espèce de requin.

J’ai l’honneur, etc.

Cottet »


publication dans Le Propagateur, août  1838


Geology - Discovery of vertebral bones in Creney quarries



M. COTTET, director of the Troyes Museum, whose zeal for science is so well known, has sent us the following letter, which informs us of a very interesting geological discovery;





Troyes, August 6, 1838



"We have just discovered in the chalk quarry of the village of Creney, a league from Troyes, at a depth of 35 feet, the bones of a large animal of the saurian family (lizards). These bones have unfortunately been altered by their long stay in the chalk; some, however, are still determinable, some  vertebrae and a portion of phalanx. The size of these parts, and the fragments of flat bones which accompanied them, render that the animal to which these bones belonged, were not less than 20 feet in length. The best preserved of these bones were collected and deposited in the museum by M. Cottet.

This is the first example of vertebrae bones found in the chalk around Troyes, where until now only a few shells and teeth of a species of shark had been found.



I have the honor, etc.



Cottet »
 

mardi 4 juillet 2017

Larry Eifert, peintre américain, descendant de Napoléon-Ambroise Cottet

Larry Eifert, artiste peintre américain, vivant près de Seattle dans l'état de Washington aux Etats-Unis se plait à évoquer ses racines françaises et plus particulièrement troyennes.

Artist’s Statement: “Both of my parents worked in a large natural history institution, the Illinois State Museum where mom was the author of 20 books and dad was Education Curator. There are memorial collections to their work in Illinois, as well as more distant creative relatives in Troyes, France. My family made it clear from the start that the skilled use with a pencil, a passion for the pristine and some keen observations were a family requirement.”

Larry Eifert est un descendant directe  de l'icarien troyen Jules Léon Cottet, fils de Napoléon-Ambroise Cottet, qui quitta la France en 1854 pour rejoindre la colonie icarienne de Nauvoo dans l'Illinois. La vie de Jules Léon Cottet a été évoquée succinctement dans le livre "Lettres à mon fils" correspondance de N-A Cottet avec son fils, publié en 2013 et dans une étude présentée devant la Société académique de l'Aube en 2016 " Que reste-t-il des icariens troyens ?"

  Larry Eifert 2016

Une brève présentation de l'oeuvre de Larry Eifert est proposée par la Gallery  de Seattle sur son site:

Sa compagne Nancy Cherry Eifert est une photographe renommée.



jeudi 15 décembre 2016

Candidature du citoyen Cottet, profession de foi 1848




  LE   CITOYEN COTTET

Aux ouvriers et aux instituteurs

Du département de l’Aube

 Liberté Egalité Fraternité


Pour que la Représentation Nationale soit complète et en tout conforme au principe républicain qui doit présider à sa formation, il faut que chacune des grandes catégories dont se compose la Nation ait ses représentations directes; il faut donc qu'à côté des représentants de l'agriculture, du commerce, des arts, de l’industrie manufacturière, de l'armée, etc., figurent les représentants de la grande masse des ouvriers proprement dits.
L'Assemblée Nationale doit compter, dans son sein, des citoyens ayant porté la veste et le tablier; des hommes qui connaissent intimement les besoins de l'atelier et de la mansarde.
Les instituteurs primaires sont aussi des ouvriers dont la mission, laborieuse et sainte, doit devenir de plus en plus imposante sous l'empire de nos nouvelles institutions. Tâchôns que les instituteurs, si mal récompensés jusqu'ici de leurs nobles et pénibles travaux, aient aussi quelques représentants choisis parmi ceux qui ont longtemps respiré la poussière et l’air vicié des classes.
Tel  est le vœu  du Gouvernement provisoire ; tel paraissait  être le vœu de tous 1es Comités électoraux ; tel est celui  de  tous les bons et vrais Républicains.
Dès le commencement de la lutte électorale, des ouvriers de Troyes et d'A rcis, et des instituteurs, tous mes anciens camarades, m'ont dit : Soyez notre représentant.
Jusqu'ici j'avais reculé, effrayé que j’étais en comparant la faiblesse de mes moyen à la grandeur de la tâche que des amis  trop confiants voulaient m'imposer. Mais voyant en fin que les Comités  électorau x de Troyes,  malgré leur promesse, ne présentent, sur leur liste, aucune candidature sérieuse  d'ouvrier ;  désirant voir chez nous le grand principe de l’élection populaire consacré par le fait ;  persuadé que le dévoûment et l'amour de la patrie peuvent, jusqu' à un certain point, compenser la capacité,, j’accepte enfin la candidature qui m’est proposée, et je m’offre à vous comme le représentant special des ouvriers et des instituteurs.

Ouvriers et instituteurs de l’Aube ! beaucoup d’entre vous me connaissent depuis l’enfance : les uns m’ont connu ouvrier tisserand pendant huit années ; les autres ont assisté à mes leçons publiques d’enseignement populaire, à l’hôtel de ville et au musée de Troyes. Tous les instituteurs m’ont connu à l’école normale de l’Aube, où pendant huit années aussi, j’ai mis mon faible savoir et mon dévouement à leur service.
Que ceux qui me connaissent depuis longtemps dissent ce que j’ai été et ce que je suis ; qu’ils disent si je suis républicain d’hier ou républicain de longue date ; qu’ils me fassent connaître à ceux qui ne me connaissent pas, et les suffrages ne me manqueront pas !
           
Une  circonstance pourrait nuire  à ma candidature, si je ne prévenais pas les objections qu’elle peut oulever. Je suis, depuis quatre ans, vérificateur des poids et mesures à Arcis, c’est-à-dire fonctionnaire public nommé par l’ancien gouvernement.

Qu 'on sache bien que j'ai obtenu cet emploi au concours, et non par faveur ; que je l'ai obtenu que parce  que  la  faiblesse relative de mes  concurrents  à mis les  distributeurs de faveurs d’alors dans l' impossibilité de m'évincer ; qu'enfin cet emploi est tout-à-fait en dehors de la politique, et que son exercice est spécialement  à  l'avantage  des pauvres,  qu'il  met  à  l 'abri  (de  la  fraude,  de  la  cupidité  des  marchands   de   mauvaise foi . II  est bien entendu que  ma  démission  serait  une  conséquence forcée de mon  élection   en  cas  de succès.
Ouvriers et Instituteurs de l'Aube ! je réclame donc vos sùffrages, et vous adresse ma profession de foi,  franche  et loyale, me vouant  à votre inimitié,  à votre juste  mépris si je manquais au moindre de mes engagements. Aucune autre démarche ne sera faite  par moi , ni  de ma  part, pour  déterminer  vos votes.
Je ne vous demande rien pour moi , car, pensez-y bien, en acceptant la députation , je risque mon  avenir  et peut-être ma vie ; j'ai ici  tout  à perdre  et  rien à gagner : la députation        n'est plus,        ne doit plus être un marche-pied . Je vous demande vos suffrag·es  dans  votre propre  intérêt, dans l'intérêt  de la  défense du plus beau des droits conqu is par nos frères de Paris, le 21 févricr dernier, le  droit de representation pa r tous et pour tous. Si nous ne voulons pas perdre ce droit , nous en devons faire usage dès aujourd'hui .

   PROFESSION DE FOI    
Je veux la République, rien que la République ; avec toutes ses institutions largement libérales. Je la veux telle que l'ont comprise ceux qui ont décrété l'abolition de la peine de mort pour délits politiques, l'organisation du travail et l’abolition complète de l'esclava ge.
Je veu x la République, c'est-à-dire le gouvernemen t de la na tion par la nation  au moyen d'une représentation législative  vraiment nationale, et d’un pouvoir électif temporaire et responsible
Je veux la République, parce que j’ai la conviction que ce mode de gouvernement est le seul qui convienne à une nation éclairée ; parce que c’est sous un gouvernement républicain exclusivement, que l’homme comprend sa dignité, peut jouir de la plenitude de ses droits, et dire véritablement : Je suis libre et égal aux autres hommes qui sont mes frères.
A ceux qui ne partageraient pas ma conviction, je dirais encore: Je veux la République, parce que c’est une nécessité, une conséquence naturelle de notre civilisation ; parce que la royauté, sous quelque couleur qu’elle se présente, n’est plus possible en France.
Je repousse complètement toute idée, toute doctrine qui tendrait à porter atteinte aux droits sacrés de la propriété.
Je veux l’allègement des charges qui pèsent sur le pauvre, par la suppression de tout impôt portant sur des objets de consommation générale et nécessaire, en substituant aux impôts actuellement existants, un impôt sur les objets de luxe et de fantaisie.
Je veux que tout impôt soit progressif, c’est-à-dire augmente avec la valeur des objets imposés, plus que proportionnellement à cette valeur.
Je veux que tous les emplois, sans exception, soient soumis à l’élection ou au concours ; que toute charge cesse d’être vénale ; que tout cumul d’emploi soit rendu impossible ; qu’aucun fonctionnaire ne soit appelé à la représentation nationale sans avoir au préalable abandonné son emploi.
Je veux la liberté absolue de la pensée, et de son expression par la parole, l’écriture ou la presse.
Je veux la liberté absolue de la conscience en matière religieuse, le libre exercice de tous les cultes, le respect pour toutes les croyances.
Je veux que l’instruction à tous les degrés soit gratuite pour tous, accessible à tous, sauf les conditions d’aptitudes pour l’admission aux écoles spéciales ; que  l’instruction soit largement développée et encouragée par tous les moyens possibles ; que par conséquent, tous ceux qui seront chargés de la répandre soient rétribués par l’état, assez honorablement pour qu’on puisse exiger d’eux toutes les lumières et tout le zèle qu’exigera leur haute et importante mission.
Je veux une organisation du travail basée sur une association bien entendue du travail et des capitaux, sur une répartition équitable des bénéfices entre le capitaliste et les travailleurs.
Enfin, je veux que le mot justice, devant les tribunaux, soit une vérité ; que la justice soit rendue gratuitement et soit plus expéditive, surtout en matière civile, de telle sorte que sa balance ne soit plus entraînée par le poids de l’or du riche.
Voilà ce que je veux et ce que je défendrai de tout mon pouvoir, envers et contre tous, si vous me jugez digne de vous représenter à la prochaine Assemblée Nationale.
Salut et Fraternité

COTTET
Vérificateur des poids et mesures
ancien Ouvrier Tisserand
ancien Professeur à l’Ecole normale