mardi 6 février 2024

Deux ruelles des chats en France et en Finlande

 
Ruelle des Chats Troyes


                                     Kiisanpiiskaajankuja  Kristiinankaupunki Suomi

samedi 6 janvier 2024

En souvenir de Claude Boyer né à Brienne le Château en 1935 et décédé le 16 août 2023 un article publié par Ouest-France en 2018

 

Le Boyer’s Club expose ses peintures, sculptures et céramiques à La grange aux dîmes de Cambremer.
Le Boyer’s Club expose ses peintures, sculptures et céramiques à La grange aux dîmes de Cambremer. | OUEST-FRANCE

Le Boyer’s Club réunit trois personnes très sympathiques : Claude le père, Françoise, la maman, et Annette Boyer, artiste plasticienne, une touche à tout en peinture, en céramique, en modelage de terre, et sculpture. « Après des études aux Beaux-arts de Caen, et me sentant limitée dans mon expression artistique, j’ai expérimenté des grands modèles en sculpture ou je mélangeais la terre, le métal et la peinture. Dans mes tableaux les lignes sont très présentes. Mon fil conducteur est une ligne très graphique, puis je dispose des collages, de la peinture, de l’encre de chine sur des supports peints, lavés, puis peints à nouveau. Perfectionniste, je ne lâche mon travail que lorsque je le considère parfait, même si celui-ci est original. »

Françoise, peintre autodidacte, vous entraînera avec délicatesse dans son univers floral. Ces tableaux sont d’un tel réalisme que vous aurez l’impression de pouvoir cueillir ses bouquets : « J’ai essayé de peindre d’autres choses, mais à la fin de la journée ce sont toujours des fleurs. Les roses trémières sont mes favorites. Je n’ai pas leurs parfums, mais je sais qu’elles apportent de la bonne humeur à ceux qui les regardent. »

Claude, le papa, dont l’humour et les bons mots fleurissent à chaque instant, vous contera son univers : « Je suis aquarelliste et un amoureux inconditionnel de l’Aube, la rivière de mon enfance. Je savais dessiner depuis toujours, mais je ne savais pas colorier. Une aquarelliste m’a initié à cet art. Le tout est de maîtriser le degré d’humidité de la feuille sur laquelle on travaille. »

La maîtrise de l’eau et du reflet sont l’empreinte de l’aquarelliste. Découvrez les histoires des lieux qui lui ont permis de réaliser ces tableaux, ou encore découvrir le conte de La grenouille bleue. Appréciez, comme un grand cru, les titres des tableaux sur lesquels son humour apparaît en filigrane, comme sur le tableau Appellation Champagne Grand Grues, où l’on peut admirer le passage des Grues dans le ciel Champenois.

Jusqu’au 31 juillet, le Boyer’s Club, à La grange aux dîmes de Cambremer, de 10 h à 19 h.

dimanche 17 décembre 2023

Quelques puits de Troyes








 
                                             Puits de Sainte Jule St Martin ès Vigne

                                               architecte Arsène Flechey 1802-1883

samedi 9 décembre 2023

Nécrologie de Jules Léon Cottet ( publiée dans l’Illinois State Journal le 2 juin 1913 )

 

     Jules Léon COTTET 1835-1913

 
 





Les funérailles de feu Jules Leon COTTET, résident très connu et respecté de cette ville (Springfield), se sont déroulées à Los Angeles, le lundi 26 mai 1913 à 14h30. Une courte mais belle cérémonie, respectant le rituel funéraire ingersollien, a été conduite par la Société Libérale de cette ville. Le corps a été transporté de la chambre funéraire jusqu’au crématorium. La crémation s’est faite dans l’intimité.

M. COTTET est arrivé à Los Angeles le 27 avril, accompagné de son épouse et de sa fille Julie. Il avait une santé défaillante depuis quelque temps et le climat rigoureux et les changements soudains de température lui étaient très néfastes, il pensait améliorer son état en se rendant en Californie. Ils arrivèrent à Los Angeles le 30 avril. Le lundi suivant, M. COTTET était frappé d’apoplexie. Il fut très malade pendant près de trois semaines, déclinant progressivement jusqu’à sa disparition le 24 mai. .

M. COTTET était né à Troyes, France, en 1835. Son père Ambroise Napoléon COTTET, était un éminent professeur et un savant à cette époque. Son fils Jules fut très tôt connu comme le « vieux jeune homme », eu égard à sa maturité d’esprit et à son comportement largement dus au fait qu’il était le compagnon de tous les instants de son père et son associé scientifique.

M. COTTET a reçu sa prime éducation dans l’école où son père était professeur de mathématiques. Puis à Châlons sur Marne, dans une institution qui a encore une réputation mondiale, et qu’il intégra en 1847 à l’âge de douze ans (vraisemblablement l’Ecole mutuelle primaire préparant à l’Ecole Royale des Arts et Métiers).

Nombre d’incidents marquants étaient déjà intervenus dans sa courte jeunesse pour le rendre digne de porter son surnom de « vieux jeune homme ». Son grand-père, un vétéran de Napoléon Ier, voulait en faire un marin. Il s’essaya à la navigation maritime pendant une courte période, mais il ne trouva jamais son pied marin. Le travail qu’on lui demandait, il aurait pu l’accomplir à terre, mais le mal de mer mit un terme à sa carrière navale.

Pendant qu’il suivait ses études dans l’école de Châlons il fit connaissance pour la première fois avec le goût de la guerre. Le 18 septembre 1848, un soulèvement révolutionnaire survint à Francfort sur le Main, son objectif était d’obtenir une Assemblée nationale et une république allemandes.

M. COTTET et plusieurs de ses condisciples partirent pour l’Allemagne. En arrivant à Mayence, ils trouvèrent une ville complètement désorganisée, sans chef, ni dirigeant. Les garçons ne purent franchir à nouveau le Rhin, les Prussiens étaient entre eux et leur patrie. Ils craignirent d’être arrêtés en France, et ils partirent vers le sud du Rhin vers la Suisse. Là ils rencontrèrent les officiers recruteurs de GARIBALDI qui les enrôlèrent sous leur bannière.

A ce moment, le mouvement libéral à Rome était devenu trop puissant pour être contrôlé par le Pape. Le comte ROSSI, un farouche opposant du mouvement libéral, fut nommé chef du gouvernement. Le peuple de Rome en fut indigné. Le 15 novembre 1848, ROSSI était assassiné sur les marches de l’Assemblée. Les troupes républicaines de GARIBALDI marchèrent sur le Palais pontifical, un combat au corps à corps avec la Garde pontificale s’en suivit. M. COTTET et ses camarades y participèrent. Il en fut décoré ultérieurement par GARIBALDI pour avoir fait un prisonnier.

Le Pape prit la fuite le 23 novembre. Il demanda l’assistance des puissances catholiques. En avril 1849 la France républicaine envoya le général OUDINOT et 4 000 hommes contre Rome. GARIBALDI s’échappa pendant le siège. Les jeunes soldats français n’eurent guère le choix.

Rester dans la ville et être faits prisonniers par les soldats français, cela aurait été dur pour eux. Tenter de s’échapper et c’était presque une mort certaine. M. COTTET fut caché quelques jours par une famille accueillante, et finalement il s’échappa et fit son retour en France. Grâce aux efforts combinés de son père et de ses amis, il évita les conséquences néfastes de son escapade. Il réintégra son école, mais il fut pris une nouvelle fois dans les tourments de la guerre.

Le 2 décembre 1851, Napoléon III renversa la République française et se proclama empereur. Dans les combats sur les barricades le frère aîné de M. COTTET, Jules Pierre, fut tué. Tous les républicains furent arrêtés dans leur lit, et parmi eux, M. COTTET et son père. Sans procès d’aucune sorte ils furent numérotés et jetés en prison pour y attendre la mort. Chaque jour, des nombres étaient appelés, ceux qui portaient ces nombres étaient extraits et fusillés. La misère dans ces geôles était terrible. Ceux qui restèrent furent transportés en Algérie après un certain temps.

Près d’Alger, M. COTTET et son père, avec beaucoup d’autres, furent emprisonnés au Camp de Birkadem. Là encore souffrances et morts frappèrent. Une épidémie de choléra survint, les bien-portants devaient secourir les malades. Le fils, Jules, fut chargé de coudre les sacs dans lesquels les cadavres étaient mis avant d’être enterrés. Le choléra l’épargna, mais il eut la dysenterie qui faillit l’emporter. Sans les efforts amicaux d’un arabe influent qui l’hébergea dans sa tente et prit soin de lui, il aurait succombé.

Les quelques prisonniers encore vivants obtinrent la ville comme prison jusqu’à ce que de nouveaux troubles en France provoquèrent leur enfermement au fort Bab-Azoun, un fort construit juste au-dessus de la mer.

C’est de cet endroit, que M. COTTET fit ses adieux à son père, il plongea dans la mer avec plusieurs camarades assez audacieux pour tenter une évasion. Ils furent repêchés par un petit bateau qui les déposa en Espagne. Ils traversèrent l’Espagne et le Portugal à pied. Dans un petit port près de San Sebastian, il embarqua dans un petit bateau à voile arborant le drapeau « stars and stripes ». Quarante-quatre jours de traversée pour rejoindre le port de la Nouvelle-Orléans, 44 jours avec un mal de mer incessant pour le jeune fugitif. Il débarqua le 24 octobre 1854 à la Nouvelle-Orléans. Il n’y resta que quelques jours puis il se rendit à Saint Louis pour y trouver du travail.

Plus tard, il se prit d’intérêt pour la Société icarienne, fondée par Etienne CABET à Nauvoo, Illinois, il s’y rendit pour y devenir membre, occupa la fonction de secrétaire pendant un temps. Pendant son séjour dans la société il épousa Irma JONVAUX. Quand la société se scinda, il retourna avec sa femme à Saint Louis. Il vécut un moment dans une ferme à l’embouchure de la rivière Illinois.

Quand la guerre civile éclata il vint à Springfield et s’enrôla dans le régiment Vaughn. Il servit deux ans, ses activités étant localisées à l’ouest, au Tennessee, à l’Arkansas… Il fut nommé capitaine de la 44ème Unité régulière de l’infanterie de couleur. Sa connaissance approfondie des tactiques militaires et de la pratique du sabre le porta en avant comme un maître instructeur prenant autant de responsabilités qu’il pouvait en assumer. Nombre de soldats qu’il forma se souvenaient avec respect du « Yankee français », nom sous lequel il fut bientôt connu. Ses amis parlent de ses exploits audacieux pendant cette période de sa vie, et certains se souviennent de sa sévérité envers les soldats sans loi, de sa justice stricte, envers tous hommes de couleur ou blancs. Il était bien appréciés par les hommes éminents de cette époque, LINCOLN y compris.

Après la guerre il eut pendant de nombreuses années un atelier de serrurerie sur la Quatrième rue, à l’arrière du lycée. Il devint aussi membre de la brigade des pompiers, responsable technique de la vieille pompe à incendie Silsby de la caserne n°2. Il se consacrait à ce vieil équipement. Bien des années après qu’il eut quitté la brigade du feu, il continua à travailler en extra sur le moteur Silsby. Le dernier incendie pour lequel il fit fonctionner la pompe Silsby toute une nuit avec de bons résultats fut celui du parc de poutres Vredenburgh en janvier 1904. Dans sa profession, il était un adepte du paiement comptant et des affaires saines ; dans ses relations avec le conseil municipal il était viscéralement opposé aux abus de pouvoir.

M. COTTET a eu une santé chancelante pendant quelque temps, il espéra qu’un changement de climat pourrait lui être salutaire et il partit pour Los Angeles le 27 avril. Une semaine plus tard il était victime d’hémorragies cérébrales. Son état empira jusqu’à son décès, le samedi 24 mai.

Sa première femme mourût lorsqu’il vivait sur la Quatrième avenue, le laissant avec deux enfants Eugene et Leonie. Il épousa en secondes noces, Clara WOLPERT de Belleville. De cette union naquirent deux filles, Julie, maintenant à Los Angeles, et Felicie, devenue Mme Ernest B. SNIDER de notre ville (Springfield).

En 1884, il acquit une ferme fruitière à l’ouest de notre ville, il y vécut jusqu’en 1904, il revint au centre-ville, acheta une maison 810 Park avenue, où il vécut jusqu’à son récent départ pour Los Angeles.

M. COTTET laisse derrière lui sa femme, Mme veuve Jules Leon COTTET, sa fille, Julie, toutes deux à Los Angeles ; un fils Eugene de Bloomington ; une fille, Mme Ernest B. SNIDER de Springfield, et sept petits-enfants, Jules Eugene COTTET de Springfield, Viola, Julie, Laura, Lavery et Merritt COTTET de Bloomington et Virginia Louise SNIDER de Springfield.

(ingersollien d’après Robert Green INGERSOLL 1833-1899 colonel, avocat, libre-penseur, agnostique)
 
 
Remarques : 
 
La plupart des évènements sont vrais.
 Toutefois, certains ont pu être arrangés voire inventés à partir de souvenirs  rapportés par le défunt ..
 .
Jules Léon Cottet est né à Troyes le 4 mai 1835.
Son frère aîné Jules Pierre est né le 20 novembre 1833 à Troyes et il est décédé âgé de quelques semaines le 9 décembre 1833, chez sa nourrice à Torvilliers.
 Il n'est pas mort sur les barricades après le coup d'état de Napoléon III. 
Un frère cadet  Pierre Marie Alfred Cottet est né le 24 septembre 1836 à Troyes, et est décédé aussi chez une nourrice le 8 octobre 1836.

 

mercredi 25 octobre 2023

La famille Cottet, par Emeline Pipelier (septembre 2023)

 

La famille Cottet – partie I : Ambroise Cottet, survivre au second Empire

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Par Emeline Pipelier | Le 15 septembre 2023 | Personnages troyens

La médiathèque conserve, sous la cote Ms 3905, les lettres adressées à Jules Cottet par son père, Napoléon Ambroise Cottet. Arrivées au sein des collections en 1995, cette correspondance a été donnée à l’établissement par l’un de ses descendants, Lloyd W. Gundy, originaire du Colorado. Comment ces documents sont-ils arrivés aux Etats-Unis ? Pour le comprendre, il faut se pencher sur l’histoire de la famille Cottet…

Ambroise Cottet, né dans une famille de tisserands, se passionne très jeune pour les sciences, en particulier les mathématiques et la physique. Autodidacte, il réussit à entrer comme professeur de sciences à l’Ecole Normale d’Arcis-sur-Aube, puis y devient vérificateur des poids et mesures. Il mène en parallèle une carrière politique. Sensible aux idées révolutionnaires, il se présente comme « le candidat des ouvriers et des instituteurs ». C’est lors du coup d’Etat du 2 décembre 1851, propulsant Louis-Napoléon Bonaparte (Napoléon III) à la place de président de la république puis d’empereur, que sa vie bascule. Réfractaire au pouvoir, il refuse de prêter le serment demandé aux fonctionnaires et est démis de ses fonctions. Il est déporté, l’année suivante, en Algérie, avec son fils Jules. Ce dernier parvient finalement à s’échapper et, après avoir traversé l’Espagne, réussit à rejoindre la Nouvelle-Orléans. Ambroise, lui, obtient la permission de revenir à Troyes, où il réussit à trouver du travail auprès d’Emmanuel Buxtorf.

Ambroise Cottet

La première lettre conservée à la médiathèque date du 8 mai 1855 et entame une longue correspondance qui va durer une vingtaine d’années entre le père et le fils. Le rythme des lettres (une à deux par an) est dû à la distance, mais également à la censure : en effet, le courrier d’Ambroise Cottet est surveillé et certaines lettres ne trouvent jamais leur destinataire…

Une grande partie de la correspondance d’Ambroise Cottet est destinée à donner à Jules des nouvelles de la famille : ses soeurs Anna, institutrice vivant à Paris, et Félicie, qui se destine au couvent, ainsi que ses frères Pierre et Charles. Le chien, Médor, n’est pas oublié :

Médor, qui ouvre toujours les oreilles quand on prononce ton nom, est maintenant élevé au rang de citoyen, il y a huit jours que j’ai payé sa cote personnelle, et l’année dernière il a eu l’honneur d’avoir un procès pour n’être pas muselé : il faut que tout le monde le soit. 

Lettre du 18 juin 1856

« Médor paie maintenant une cote personnelle de 8 francs par an, c’est-à-dire un tiers plus que moi. Ainsi pour cela lui fait-on grâce de la muselière. Il n’y a plus ici que les hommes qui soient muselés. Et cela s’appelle encore la France ! ».

Lettre du 24 juillet 1857

La situation personnelle d’Ambroise Cottet est complexe : sa femme, Honorine Morel, a quitté le ménage en laissant à son mari et à Jules, leur fils aîné, le soin d’élever Charles, leur plus jeune fils. Séparés, les ex-époux sont encore mariés, ce qui occasionne une série de récits cocasses de la succession de « maman Morel », la grand-mère maternelle de Jules. Ambroise, de son côté, vit en concubinage avec Pélagie, une maraîchère.

Mais c’est surtout la situation politique qui préoccupe le plus Ambroise dans ses lettres. En 1858, suite à l’attentat d’Orsini contre Napoléon III, est proclamée une « loi de sûreté générale » qui exige la déportation de tous les opposants politiques. Cette opération, menée par le général Espinasse, est une démonstration de pouvoir : « nous savons parfaitement que ces hommes n’ont rien fait, mais nous avions besoin d’intimidation », aurait dit le général à Désiré Argence, notable troyen venu intercéder en faveur d’un prisonnier. Arrêté chez Buxtorf le 24 février, Cottet est tenu au secret 31 jours, pendant lesquels on cherche à le faire avouer qu’il appartient à une société secrète. Il est ensuite déporté en Algérie, d’abord à Bougie (Béjaïa), puis à Alger. Détenu au départ dans des conditions difficiles (on lui donne « 98 centimes par jour, et le pain »), il réussit à trouver un emploi de comptable, tandis que Pélagie, qui a pu le rejoindre, tient un bureau de tabac. A Alger, Cottet trouve un emploi chez un ingénieur urbaniste, pour qui il travaille, avec « des proscrits de toutes les nations », à la réalisation de voies carrossables.

De retour à Troyes fin 1859, Cottet est témoin de la transformation de la ville :

Nous avons un Maire, M. Argence, qui mène la ville comme son maître mène la France. Pouvoir absolu partout, dépenses effrayantes, paiera qui pourra. On reconstruit un théâtre, un collège très vaste sur l’emplacement de l’ancien embarcadère ; des jardins sur l’emplacement de tous les fossés comblés ; il est sérieusement question de démolir la Halle au Blé et de la reconstruire ailleurs ; on veut aussi construire un vaste cirque permanent, etc., etc. Le Conseil municipal crie au diable, on le laisse crier et on marche : le Maire dit :  je suis nommé par l’Empereur, je ferai ce que je voudrais, et il le fait. C’est l’ancien républicain Argence ! 

Lettre du 6 mai 1860

Très critique vis-à-vis du pouvoir en place, il n’hésite pas à qualifier Napoléon III de « nouveau Dieu », de « nouveau Jupiter » et d' »auguste vessie ». Ses lettres laissent une grande part à l’actualité politique de France et d’Europe, dont il considère cependant qu’elle n’intéresse plus la jeune génération :

Personne ne parle plus politique, les jeunes gens surtout ne s’en occupent pas plus que si nous n’avions jamais eu la moindre révolution. Quand on leur parle de 48 ils ne savent pas plus ce que c’est que si trois siècles s’étaient passés depuis les événements. Tous les yeux sont maintenant fixés sur Garibaldi. Son portrait figure partout à côté de ceux de Napoléon III et de Victor Emmanuel, auxquels portraits il fait tort. Car Garibaldi a une tête admirable, que fait ressortir encore la tête de fouine de l’un et la tête de bouledogue de l’autre.

Lettre du 30 août 1860

Désiré Argence

Mais c’est l’actualité américaine qui est la plus présente dans les échanges entre le père et le fils. Très enthousiaste à l’idée de l’élection du « tonnelier Lincoln, le candidat non démocrate », il commente abondamment l’idée d’une abolition de l’esclavage :

Et voilà des hommes qu’on veut considérer comme des brutes et que les partisans de l’esclavage ne craignent pas de désigner comme des bêtes féroces. Oui, ils deviennent féroces quand la chaîne est trop lourde, quand ils sont trop las de souffrir. A-t-on le droit de s’en plaindre ?

Lettre du 20 novembre 1860

La Guerre de Sécession, qui passionne Cottet, impacte directement l’économie troyenne. En effet, la guerre a interrompu le travail dans les champs de coton du Sud des Etats-Unis, dont l’industrie bonnetière est dépendante. Beaucoup de Troyens sont d’ailleurs opposés à l’abolition de l’esclavage, par crainte d’une pénurie générale de coton.

Terminons l’exploration de ce témoignage par une recommandation littéraire d’Ambroise à son fils :

Il vient de paraître un ouvrage de dix volumes de Victor Hugo, Les Misérables. Cet ouvrage que tout le monde dévore est chez nous un véritable événement qui aura une immense portée. […] Il y a tout une révolution sociale dans ce livre et nous sommes tous étonnés qu’on ne s’oppose pas à sa publication. Si tu peux te le procurer, n’importe à quel prix, lis-le, tu ne regretteras pas ta dépense. 

Lettre du 20 avril 1862

 

Pour en savoir plus :


 

 

 

publication septembre 2023 sur le site 11km de patrimoine